Mesurer l’assiduité pour acquérir cette compétence organisationnelle … et culturelle (1)

Les apprenant.e.s de FLE en centre social, un public peu assidu et souvent en retard ?

L’assiduité et la ponctualité des apprenant.e.s de FLE en centre social sont réputées être fluctuantes.

Je me propose de creuser, en plusieurs articles, pour vérifier si cette réputation est fondée, pour réfléchir sur les causes potentielles de cet absentéisme déclaré, et enfin pour proposer des outils pour agir sur l’absentéisme avec les apprenant.e.s.

 

Un prérequis ?

J’ai souvent entendu le désarroi de personnes chargées d’animer des cours de FLE ou ateliers sociolinguistiques (formateur.ice.s, animateur.ice.s socioculturel.le.s, bénévoles, etc.) face à l’absentéisme ou à l’arrivée échelonnée des apprenant.e.s dans les séances.

« ‘ce public-là est toujours en retard »; « c’est une question de politesse! »; « je ne comprends pas pourquoi… »

Ce que j’entends derrière ces mots, ce sont des attentes déçues :

« les apprenant.e.s devraient être à l’heure, ils et elles ne le sont pas. Ils et elles devraient prévenir de leurs absences, ils et elles ne le font pas. D’ailleurs, ils et elles ne devraient pas être absent.e.s si souvent ! »

Et si on interrogeait ces attentes et les raisons de leur déception ?

Pourquoi attend-on des apprenant.e.s de l’assiduité et de la ponctualité ?

L’assiduité, comme la ponctualité, font partie, selon moi, des valeurs véhiculées par la société française et donc par une partie de sa population. Lorsque des participant.e.s sont en retard, cela provoque donc souvent un rejet fort qui s’exprime sous la forme « mais c’est un manque de respect ! ».

La question du respect est le signe qu’une valeur n’a pas été satisfaite.

Mais de quelle(s) valeur(s) parlons nous ? Et qu’est-ce qui n’a pas été respecté ?

Certain.e.s y verront le respect du travail effectué par les formateur.ice.s en amont, d’autres le respect du rythme d’apprentissage en classe pour celles et ceux qui sont présent.e.s « à l’heure et régulièrement », mais aussi le respect de l’institution et de ses horaires, ou encore de la fonction de l’enseignant.e-formateur-ice.

Pourquoi sont-elles déçues ?

Pour moi, si elles sont déçues, c’est que si nous n’y prenons garde, nous prenons ces compétences sociales que sont l’assiduité et la ponctualité comme des pré-requis qui vont de soi et qui n’ont pas besoin d’être explicités. Pourtant, ces notions n’ont pas de caractère universel.

Le retard, question de zone de tolérance

La perception du retard est une question de culture : 5 minutes de retard ne seront pas perçues de la même manière selon le cercle dans lequel il se produit (familial, amical, professionnel, associatif, scolaire) d’une part, et selon les endroits du monde d’autre part.

Un article du site Parlons Français aborde le premier point, le retard et le cercle social, tandis que cet article sur Slate aborde l’aspect interculturel de la perception du retard.

L’absentéisme, question de priorité … et de rapport à l’engagement

L’absentéisme pose selon moi d’autres questions liées au contexte (contraint ou non) d’une part, et à la priorité donnée à l’apprentissage de la langue.

La question principale à se poser est : « qu’est-ce qui a été jugé prioritaire sur la présence et pourquoi ? ». C’est souvent la santé, le travail, le lien social avec la famille ou un autre groupe, etc.

Finalement, on rejoint les notions de besoins et de valeurs.

Une formation à la dimension interculturelle des échanges à laquelle j’ai assisté soulevait également la problématique de l’engagement : quand les personnes se sentent-elles engagées et à quel degré ? Une inscription suffit-elle à se sentir obligé.e de venir ou est-elle perçue comme la réservation d’une place ? L’engagement est-il fait uniquement par écrit ou y a-t-il un temps d’échange oral qui formalise la parole donnée et ce sur quoi elle porte précisément ?

La déception est-elle fondée sur des faits réels ou sur une impression ?

La mise en place d’outils de diagnostic qualitatifs et quantitatifs des retards et de l’absentéisme permet de prendre de la distance en s’appuyant sur les faits et plus seulement sur l’impression générée par un écart avec des valeurs.

Une compétence à acquérir ?

Si on considère que ces compétences sociales ne sont pas des pré-requis, on peut les considérer comme des compétences à acquérir et fixer des objectifs à atteindre.

Mariela de Ferrari propose, dans la Carte de compétences des ASL, un axe « Organiser les temps de vie personnelle pour se rendre disponible » divisé en 3 étapes :

  • Découverte : Organise sa vie personnelle pour participer régulièrement à l’ASL.
  • Exploration : Organise sa vie personnelle pour participer à des évènements ponctuels proposés par la structure ou des évènements liés
    à et d’autres espaces sociaux fréquentés.
  • Appropriation : Adapte son emploi du temps pour participer à des actions variées et plus longues. • Gère les imprévus.

À suivre

Ces questions sont des pistes à creuser dans le dialogue avec les différents acteurs : les participant.e.s, le personnel d’accueil, les formateur.ice.s

Une fois qu’on a posé la relation à l’absentéisme et à la ponctualité comme liés aux références culturelles des individus, il faut à mon sens poser le cadre du contexte dans lequel on se trouve d’une part, et chercher ce qui facilite la compréhension de ces écarts pour amener les différent.e.s participant.e.s à adopter une attitude acceptable dans cet espace-temps qu’est celui de la salle de formation en France. Ce sera l’objet de prochains articles de blog.

 

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