Compte-rendu de visionnage « La dimension interculturelle dans la formation aux langues : et si ça changeait tout ? »

@d_noureCompte-renduddine, formateur FLE, avec lequel j’ai déjà eu l’occasion d’échanger sur plusieurs sujets autour de l’enseignement-apprentissage du français par des (im)migrants m’envoyait récemment sur Twitter une invitation à regarder une conférence de Philippe Blanchet de 2014.

Intriguée par l’invitation et ayant lu récemment des articles de Ph. Blanchet et intéressée par son concept de « glottophobie », j’ai regardé avec grand intérêt la vidéo et ai accompagné mon visionnage d’un LiveTweet afin d’en garder trace.

Voici réunis dans cet article, les tweets de ce LiveTweet.

Les définitions de Philippe Blanchet

– Définit° du mot culture par Ph. Banchet: 1 grille interprétative du monde & des comportements sociaux, qui sert à construire du sens et agir.
– Définit° d’interculturel par Ph. Banchet: Processus de rencontre de personnes porteuses de grilles de lecture du monde différentes
– Ce qui est interculturel concerne notre capacité à la relation à l’altérité, relation en tension entre pôles positifs et négatifs
– L’approche interculturelle n’est pas strictement positive, c’est quand il y a des problèmes qu’il ya des solutions à trouver.
– Le fait de porter et d’activer des grilles différentes est générateur de ressources riches.
– Définit° du mot langue par Ph. Banchet: Langues = pratiques sociales pour créer des relations entre humains et inter-agir.
– Les pratiques linguistiques sont ensuite catégorisées en langues socio-politiques par les humains. (catégoriser pour lire le monde?)
– Les linguistes observent ces pratiques & modélisent des syst. linguistiques à partir de récurrences (quid de la variation, des exceptions?)

Dimension interculturelle et résistance au changement des individus

– Enseignement-apprentissage d’une langue selon ces définit° = mise en oeuvre de ces relations sociales
– Enseignement-apprentissage d’une langue porte sur les capacités à relationner avec d’autres avec des ressources linguistiques & culturelles
– Il n’y a de l’interculturel que lorsqu’il y a interaction entre des acteurs dans 1 contexte donné, marquée par 1 altérité perçue.
– Rappel important : dans 1 interaction entre 2 personnes ou plus, il y a toujours altérité.
– Analyse interculturelle = analyse de notre relation à l’altérité
– L’altérité est + ou – perçue comme conséquente. On pense alors devoir être +/- attentif.ve à sa prise en compte.
– Conséquence didactique: pour développer des capactités à la relation interculturelle il faut travailler en situation et en interaction
– Il ne s’agit pas de stocker des informations culturelles, le travail d’enseignement-apprentissage n’est pas, pour l’essentiel, notionnel
– Il s’agit de doter les apprenants d’outils pour réguler les relations lors de problèmes d’interprétation verbale ou non verbale en situation
– Analyse (de la résistance) au changement : l’apprentissage d’une autre langue engage la personne dans sa totalité.
– Cela prend du temps, il y a des moments de tension, de blocage, d’arrêt. (C’est humain & primordial à garder en tête face aux apprenant.es)
– Pour la #phonétique, Bertrand Lauret propose des outils pour interroger ce rapport personnel à 1 nouvelle langue. (ouvrage de 2007)
– Apprendre 1 langue, est-ce maitriser 1 nouvel outil à la disposition des humains ?
– Apprendre 1 langue = se transformer en profondeur car c’est la totalité de l’être au monde qui est concernée
– Apprendre 1 langue transforme par le développement de nouvelles relations à travers des ressources linguistiques et culturelles.
– Ce changement est + radical, difficile, ambitieux, humain, social, que l’appropriation d’un nouvel outil.
– Le changement linguistique & culturel ne se fait pas à marche forcée.
– Il y a des pauses, des blocages, des paliers, des retours en arrière dans la transformation de la personne à travers la langue-culture.
– Rencontre interculturelle > relation (par les liens noués) > émergence de ressources linguistiques et culturelles innovantes (co-tissage)
– Finalement, ph. Banchet parle d’inclusion : apprendre des langues nouvelles tisse des ressources linguistiques différentes
–  Il ne peut y avoir basculemt total dans l’assimilat° à la langue cible (car la personne tisse à partir d’autres ressources ling. & culturL).
– Il y a obligatoirement des traces s/ la nouvelle langue apprise des ressources linguistiques & culturelles précédemt acquises / la personne.
– Compétence interculturelle et interlinguistique est UNE donc l’ens. des ressources ling. & culturelles est utilisé ensemble pour interagir
– La finalité de l’apprentissage des langues est avant tout relationnelle, entrer en relation pour agir avec les autres.
– Si cette finalité relationnelle et actionnelle devient la priorité, cela change les choses :
– faciliter la relation aux autres par l’apprentissage devient l’objectif et le point de référence de l’évaluation
– Si les 2 parties d’une relation en interaction sont satisfaites, l’évaluation est positive.
– (Cela remet la norme à sa place : la jauge / les juges, ce sont les participant.e.s à l’interaction et non le système linguistique.)
– Mettre l’accent s/ les résultats plutôt que s/ les moyens (outils pour réguler les potentiels quiproquos, incompréhens° dans la communicat°)
– Métalinguistique et métacommunicatif: ressources pour être capable de repérer l’écart entre la significat+ commune visée & celle construite.
– Le passage d’1 langue à 1 autre devient l’objectif de l’enseignement-apprentissage (et non + 1 moment à éviter)
– Le passage d’1 langue à 1 autre, compétence intégrée pour coconstruire du sens, y compris social et culturel. Complexité incluse.
– Question qui me vient à l’écoute de cette conférence : comment s’assurer que la signification est suffisamment partagée ?

Quels changements dans l’enseignement-apprentissage des langues ?

– Consqce de l’approche interculturL & linguistique : abandon du modèle monolingue natif comme étalon pr mesurer la qualité des apprentissages
– D’accord avec Ph. Blanchet, le natif = croyance. Je dis souvent en formation de formateur.ices, « Le français standard n’existe pas ».
– L’immense majorité des humains n’est pas monolingue, la référence devient les pratiques plurilingues observées ds les sociétés plurilingues.
– Assumer la pluralité, l’intégration d’une altérité non discriminée.
– Accepter que la langue apprise soit marquée d’1 altérité sans la discriminer, dans la mesure où cela permet la relation, l’interaction
– Selon Ph. Blanchet, dans 1 société française glottophobe, 1 approche réellemt interculturelle se heurte à des résistances autour de la norme
– Autre changement possible : conscience des enjeux interculturels > vigilance interculturelle dans l’enseignement
– Implique de Faire ce qu’on dit => changement de modalité d’interaction pédagogique (éviter que des mécompréhensions dérivent en conflit)
– Commencer par être attentif.ve aux projections de stéréotype par soi-même, en faisant de notre mieux.
– Mettre en oeuvre cette vigilance > devient l’objet de la situation d’enseignement-apprentissage
– Conséquence : modifier ce qu’on apprend, comment on le fait, comment être ensemble.
– Des défis, des enjeux, l’essentiel est dans l’humain, dans le social. Modifie l’objectif de l’enseignement-apprentissage…
– Merci @d_noureddine de m’avoir conseillé cette vidéoconférence

Quelques commentaires supplémentaires

J’ai trouvé que cette conférence était une excellente piqure de rappel que j’interprète ainsi : le maître-mot pour faire société est « partage ». Partager du sens pour agir, c’est co-construire une grille de lecture du monde. Chaque individu est particulier, tout échange nécessite de définir des points d’intersection entre les grilles interprétatives du monde particulières pour pouvoir se comprendre et agir les uns avec les autres.

Ce que n’est pas l’approche interculturelle :

  • du relativisme culturel
  • une vision binaire de la culture (acquise / non acquise)
  • un moyen d’assimiler les individus à une culture censée être uniforme

Ce qui m’a le plus frappée, c’est le passage sur l’altérité et sa prise en compte. Je trouve intéressant de poser comme postulat que toute communication nous confronte à l’altérité. Les siutations ou cette altérité nous semble plus marquée ne doivent pas nous faire oublier qu’elle est également présente lors de toute interaction. Plus on partage de points d’intersection entre nos grilles de lecture, moins d’efforts sont nécessaires pour se faire comprendre (efforts d’explicitation, efforts pour vérifier que nous nous sommes compris, notamment), ce qui ne dispense pas de vérifier de temps en temps qu’on se comprend !
Le lien avec la Communication Non Violente que j’explore par ailleurs en ce moment m’a frappée. J’ai en effet essayé dernièrement d’utiliser plus consciemment la reformulation et la demande de reformulation de manièrefactuelle avec les apprenant.es que j’accompagne dans leur apprentissage du français.

Quels liens avec l’enseignement dans le contexte de l’enseignement-apprentissage du français en France par des personnes s’installant en France ?

– Continuer à mettre en évidence la variété : que ce soit dans les choix lexicaus (expressions synonymes, variantes liées au contexte), dans la prononciation, dans les tournures grammaticales choisies, etc.

– Utiliser les outils de la Communication Non Violente pour vérifier que les apprenant.es comprennent ce qui se dit en salle de classe… et leur permettre de recourir à ces outils « hors la classe »

– Ne pas éviter les conflits, prendre le temps de les creuser (en classe ou en dehors en fonction de la situation). Cela demande de faire confiance au groupe. Cela demande aussi du courage aux formateur.ices pour ne pas fuir (je ne sais pas comment résoudre ce « noeud » avec cet.e apprenant.e, je vais faire l’autruche), faire la sourde oreille (ce sujetest trop sensible), botter en touche (ça concerne les apprenant.es et pas moi, ils sont adultes), etc.

– Continuer à prendre en compte la résistance au changement des apprenant.e.s, rester vigilante sur ce point en aidant les apprenant.e.s à s’autoriser ces moments de doute, de distance, de rejet tout en valorisant les avancées pour préparer le terrain d’une remotivation, d’un nouvel élan

– Réintroduire dans les séances des moments d’échanges autour des langues des apprenant.e.s que j’avais un peu délaissés dernièrement compte-tenu du peu d’heures par semaine

– Entrer en relation avec l’autre est au centre, augmenter encore les activités collaboratives pour que les personnes parlent et créent d’autres occasions de parler et d’agir ensemble

– Continuer à désacraliser la norme du système linguistique et ses règles « à apprendre par coeur » en s’appuyant sur l’observation de la parole, des usages

– Résister aux demandes des apprenant.e.s dans ce sens en explicitant ma démarche et en permettant explicitement également l’usage d’outils papiers ou numériques comme béquilles en classe et comme « placebo » hors la classe, pour amener ensuite les apprenant.e.s à s’en servir au moment de la mémorisation après l’observation.

A suivre, d’autres idées me viendront probablement en tête d’ici quelques temps.

Me revient en mémoire que le CECRL propose désormais une compéténce de médiation qui consiste entre autres à faciliter la communication au sein d’un groupe. A creuser avec les outils proposés par Blanchet !

Je vous encourage à visionner cette vidéo d’à peine une demie-heure et serais ravie d’échanger à son sujet avec vous.

 

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